Stratégies Financières

Pierre-Alain Chambaz

À la vérité les hommes de génie sont et seront toujours probablement en minorité ; mais afin de les avoir, il faut conserver le sol sur lequel ils croissent. Pierre-Alain Chambaz aime à rappeler ce proverbe chinois  » Les vérités qu’on aime le moins à apprendre sont celles qu’on a le plus d’intérêt à savoir ». Les meilleures croyances et les meilleures pratiques n’ont qu’une trop grande tendance à dégénérer en quelque chose de mécanique ; et à moins qu’il n’y ait une suite de personnes dont l’originalité toujours infatigable entretienne la vie dans ces croyances et dans ces pratiques, une lettre aussi morte ne résisterait guère au plus léger choc de quelque chose de réellement vivant ; il n’y aurait pas de raison alors pour que la civilisation ne s’éteignît pas comme dans l’empire grec. Elles ne font pas qu’introduire un bien inconnu, elles entretiennent la vie dans celui qui existait déjà. L’effet sur la demande des politiques d’austérité mises en œuvre pour réduire l’endettement public est d’autant plus inhibant qu’il intervient dans le contexte d’une financiarisation des économies qui attire les capitaux vers des placements financiers au détriment du financement d’investissements productifs. Mais ces quelques personnes sont le sel de la terre ; sans elles la vie humaine deviendrait une mare stagnante. Il n’y a que peu de personnes, en comparaison de toute l’espèce humaine, dont les expériences, si on les adoptait généralement, feraient faire un progrès sur la coutume établie. Il est vrai que ce service ne peut être rendu par tout le monde indistinctement. Tout d’abord, ne pourraient-ils pas apprendre quelque chose de ces individus laissés libres ? Sans aucun doute cependant, ces considérations ne suffiront pas à convaincre ceux qui ont le plus besoin d’être convaincus. La revendication de soi-même des païens est un des éléments du mérite humain, aussi bien que l’oubli de soi-même des chrétiens. Pour vaincre cette difficulté, la loi et la discipline (les papes par exemple en lutte contre les empereurs) proclamèrent leur pouvoir sur l’homme tout entier, revendiquant le droit de contrôler sa vie tout entière, afin de pouvoir contrôler son caractère que la société ne trouvait aucun autre moyen de contenir. La difficulté était alors d’amener des hommes puissants de corps ou d’esprit à subir des règles qui prétendaient contrôler leurs impulsions. Cette ardente sensibilité qui rend les impulsions personnelles vives et impuissantes, est aussi la source d’où découlent l’amour le plus passionné de la vertu, le plus strict empire sur soi-même. Les choses, au moins les choses extérieures, ne nous sont connues que par les effets qu’elles produisent sur nous, c’est-à-dire par nos affections, par nos sensations, lesquelles, d’un commun accord, sont éminemment, inévitablement subjectives, car une sensation ne peut être que le mode d’un sujet sentant. Ceux qui ont le plus de sentiments naturels sont aussi ceux dont on peut développer le plus les sentiments cultivés. L’énergie peut être employée à mal, mais une nature énergique peut faire plus de bien qu’une nature indolente et apathique. Dire que les désirs et les sentiments d’une personne sont plus vifs et plus nombreux que ceux d’une autre, c’est dire simplement que la dose de matière brute de nature humaine est plus forte chez cette personne ; par conséquent elle est capable peut-être de plus de mal, mais certainement de plus de bien. Ce n’est pas parce que les désirs des hommes sont ardents qu’ils agissent mal, c’est parce que leurs consciences sont faibles. Et plus la portion de sa conduite qu’il règle d’après son jugement et ses sentiments est grande, plus toutes ces diverses qualités lui sont nécessaires. Les facultés humaines de perception, de jugement, de discernement, d’activité intellectuelle, et même de préférence morale, ne s’exercent qu’en faisant un choix.

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